Interview Gérard Puimatto

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Les RDV : Quelle a été la genèse de Corrélyce ?

Gérard Puimatto : Il s'agit d'un projet réalisé en partenariat entre la Région Provence Alpes Côte d’Azur et les CRDP des académies d'Aix-Marseille et de Nice, qui a débuté en 2006 et qui a été finalisé en 2007. Les Régions disposent, comme vous le savez, d'une compétence en matière de lycées qui couvre des infrastructures comme les réseaux, les équipements informatiques ou les connexions Internet. En PACA, il y a aussi des équipes de techniciens (STIL - Support Technique Informatique en Lycées) pour assurer la maintenance.
Compte tenu des financements mis en œuvre, la question de la valorisation des infrastructures et équipements s’impose comme centrale. Le CRDP a donc proposé de se focaliser sur les accès à des titres d'éditeurs. Cette approche permet en effet de d’ouvrir tout un champ informationnel jusqu’alors peu ou pas accessible aux établissements, et donc de donner une nouvelle dimension de professionnalisation à leur action.


Les RDV : Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

Gérard Puimatto : Il a principalement fallu imaginer comment réaliser la coordination de ce projet qui réunit nombre d'acteurs ayant chacun leurs compétences propres : 50 éditeurs, 180 lycées, deux Académies et une Région. Régler les relations de ces différents intervenants entre eux s'est présenté comme la principale difficulté. La conception de la plate-forme Corrélyce s’est appuyée sur une analyse des fonctions et compétences de chacun, afin de respecter au mieux les prérogatives.
Par la suite, nous nous sommes appuyés sur le savoir-faire d'une société parisienne (Pass technologie) pour le développement. Celui-ci, qui s'appuie sur des logiciels et des licences libres,  a été réalisé très rapidement : 3 mois pour la version de test et six mois pour le développement et la généralisation. Corrélyce était opérationnel en septembre 2007 auprès des 180 lycées de la Région


Les RDV : Vous dites que chacun préserve ses compétences au travers de cette plate-forme. Comment cela se traduit-il concrètement ?

Gérard Puimatto : Corrélyce est en réalité une plate-forme de médiation entre des usagers - qui peuvent être des élèves, des enseignants ou des personnels de l'éducation, et des documents proposés par des éditeurs. Entre ces deux extrêmes, il existe des niveaux intermédiaires où chacun garde ses prérogatives.

Les établissements préservent le pilotage de leurs politiques d'acquisition ou d'accès à des ressources, l'Académie se charge de la formation et de l'information, le CRDP est opérateur dans l'accompagnement et la documentation, la région endosse le volet technique et les financements du projet et les éditeurs décident des contenus éditoriaux qu'ils mettent à disposition.
Le caractère « ouvert » du catalogue constitue une spécificité essentielle : les éditeurs sont libres de proposer les ressources qu’ils souhaitent, sous réserve du respect de quelques critères explicites ; le choix est renvoyé à l’établissement, seul à même de juger de la pertinence d’un titre au regard de sa politique documentaire et de son projet d’établissement. Pour la Région, les principes de la libre concurrence sont respectés, et son action se borne à donner les moyens du choix le plus large.

Au quotidien, l'interfaçage que réalise la plate-forme passe par la connexion de l'utilisateur avec les ressources mises à disposition par les éditeurs. Une fois identifié sur la plate-forme, l’usager peut accéder aux ressources auxquelles il a droit au moyen d’un jeton anonyme acheminé vers le site de l’éditeur.


Les RDV : Comment avez-vous procédé pour faire utiliser votre plate-forme ?

Gérard Puimatto : Une ressource qui n'est pas accompagnée ne vit pas. Pour cette raison, nous poursuivons un effort continu de prise en main du service et d’incitation à l’usage des ressources proposées..
Cela passe par un cycle soutenu qui va de la création de l'annuaire des 160 000 utilisateurs en début d'année scolaire, en passant par la mise en place d'une information des enseignants et des chefs d'établissements, et par de la communication au travers de bulletins d'information électroniques, etc.
De plus, nous sommes présents sur un certain nombre de manifestations et nous déplaçons dans les établissements scolaires pour réaliser des présentations de l'outil et des ressources. Les attentes en matière d’accompagnement ont changé entre le début du projet et aujourd'hui : hier, il s'agissait plus de questions techniques, quand aujourd'hui on nous demande des ateliers spécialisés sur l'utilisation des ressources par disciplines ou domaine d’enseignement

Les RDV : Avez-vous des retours concernant les usages ?

Gérard Puimatto : La totalité des établissements a intégré le dispositif. En revanche, le taux d'utilisation est actuellement autour de 10 %, en augmentation de 5% par mois. La plate-forme enregistre actuellement entre 20 et 30 000 connexions chaque mois.

Nous disposons d'un nombre important d'informations sur les connexions qui sont réalisées. Si celles-ci sont faites durant le temps scolaire ou non, les ressources auxquelles on accède, les heures d'utilisation, les endroits d'où on y accède. Globalement, on peut dire que les élèves accèdent à Corrélyce durant le temps scolaire et que les enseignants s'y connectent hors temps scolaire.
Les usages sont en cours d'évaluation. Mais le spectre d'utilisation des ressources apparaît assez large : présentation en classe au moyen d’un dispositif de visionnement collectif (vidéoprojecteur, TBI) ; usage individuel aux fins d’information ou d’entraînement ; usages collectifs en salle multimédia. Les ressources actuelles permettent une diversification des situations d’apprentissage : avec Edugéo, par exemple, on peut accéder à la géomatique et à la cartographie dynamique ; ou encore, les outils de géométrie dynamique permettent de visualiser des objets géométriques comme jamais les générations précédentes ne l’ont même rêvé.

Globalement, les disciplines qui utilisent le plus ces ressources sont les langues vivantes, les sciences et l'histoire-géographie. En revanche, les matières littéraires semblent marquer le pas, peut-être faute de ressources adaptées aux attentes. Les élèves, quant à eux, ont tendance à réaliser des recherches à l'aide de dictionnaires et d’encyclopédies, ainsi que de titres de presse (par exemple Universalis ou les archives du Monde).


Les RDV : Comment se fait le financement de l'accès aux ressources ?


Gérard Puimatto :
C'est la Région qui alloue des crédits aux établissements par le biais d'une subvention de 1500 euros par an, pour que chacun d'entre eux puisse disposer des abonnements qui les intéressent. Chaque année, les attributions sont faites à hauteur de ce qui a ét dépensé l’année précédente, ce qui garantit la disponibilité des 1500 € au début de chaque année scolaire.
A côté de cette subvention gérée par chaque lycée à sa convenance, tous accèdent sinon à un "bouquet région" de cinq titres comprenant l'Universalis, les Archives du Monde, LeSite.tv, Jalons pour l'histoire du temps présent et l'Atlas Magnard.


Les RDV : Quel avenir envisagez-vous pour la plate-forme Corrélyce ?

Gérard Puimatto : Il y a deux volets à cette question. D'abord, Corrélyce a vocation à s'intégrer à un éventuel futur ENT (environnement numérique de travail, ndlr) en tant que « brique » d’accès aux ressources. La plate-forme utilise déjà la gestion d'un annuaire et l'identification des utilisateurs, de façon analogue aux ENT.

Ensuite, d'autres collectivités s'y intéressent. Le catalogue de ressources des collèges des Bouches-du-Rhône, "Courdecol13" s'appuie sur la technologie développée pour Corrélyce. Le marché des ENT de la Région Rhône Alpes comprend également un service de ressources appuyé sur Corrélyce. Un essaimage a donc déjà commencé et se poursuit.
© Action-éducative - Rendez-vous de l'Action Éducative des collectivités

Interview réalisée par Marc Geoffroy - octobre 2010

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